Qu'est ce qu'une créance irrécouvrable et comment la prévenir ?
Découvrez ce qui rend les créances irrécouvrables en France et comment les prévenir.

La gestion du poste clients est un défi central pour toute entreprise opérant en France. Lorsque des factures restent impayées au-delà d’un délai raisonnable et que leur recouvrement devient improbable, elles se transforment en créances irrécouvrables, impactant directement la rentabilité et le fonds de roulement.
Comprendre ce qui rend une créance irrécouvrable et mettre en place des stratégies pour les prévenir est essentiel. Environ 75 à 85 % des entreprises françaises subissent des retards de paiement, créant des conditions propices à l’accumulation de créances douteuses lorsqu’elles ne sont pas activement gérées.
Définir les créances irrécouvrables
Les créances irrécouvrables, également appelées créances douteuses, sont des factures impayées qu’une entreprise estime ne pas pouvoir recouvrer. Cette situation survient généralement lorsqu’un client devient insolvable, conteste la dette sans résolution ou refuse de payer malgré des relances répétées.
En France, une créance est généralement considérée comme irrécouvrable lorsque :
Le débiteur a fait l’objet d’une liquidation judiciaire, rendant tout recouvrement par les voies normales impossible.
Le délai de prescription est expiré. En vertu de l’article L110-4 du Code de commerce, les créances commerciales sont prescrites cinq ans après la date d’échéance de la facture. Une fois ce délai dépassé, les créanciers perdent leur droit légal d’agir en justice, même si la créance reste légitime.
Toutes les démarches raisonnables de recouvrement ont été épuisées sans succès, y compris les mises en demeure formelles.
Le coût des actions de recouvrement dépasse le montant potentiellement récupérable, rendant toute poursuite économiquement irrationnelle.
D’un point de vue comptable, les créances irrécouvrables doivent être passées en pertes selon des règles précises définies par le Plan Comptable Général. Cela implique généralement la constitution de provisions pour créances douteuses lorsque le risque apparaît, puis la sortie définitive de la créance lorsque son irrécouvrabilité est confirmée.
Le paysage des paiements en France
La France présente des défis spécifiques en matière de gestion du poste clients. Le European Payment Report d’Intrum (2023) montre que les factures B2B françaises subissent des taux de retard plus élevés que celles de l’Allemagne ou des Pays-Bas, avec un DSO moyen d’environ 43 jours contre une moyenne européenne de 30 jours, ce qui implique des retards de 15 à 25 jours au-delà des délais contractuels pour de nombreuses transactions.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
Des délais de paiement étendus
Les pratiques commerciales françaises impliquent traditionnellement des délais de paiement plus longs que chez certains voisins d’Europe du Nord. Bien que la législation (article L441-10 du Code de commerce) limite les délais de paiement B2B à 60 jours à compter de la date de facture (ou 45 jours fin de mois), l’application reste inégale. La DGCCRF a renforcé les sanctions ces dernières années, avec des amendes pouvant atteindre 2 millions d’euros en cas de récidive (article L441-11), mais de nombreuses entreprises continuent de repousser les limites.
L’exposition des PME
Les petites et moyennes entreprises constituent la majorité du tissu économique français et ne disposent souvent pas d’équipes dédiées à la gestion du crédit. Une seule facture impayée significative peut représenter une part importante du chiffre d’affaires annuel, rendant les PME particulièrement vulnérables lorsque les créances deviennent irrécouvrables.
Les disparités sectorielles
Des secteurs comme le BTP, le commerce de détail et l’hôtellerie-restauration présentent historiquement des taux élevés de difficultés de paiement. Bien que la prescription commerciale standard soit de cinq ans, les contrats de construction peuvent impliquer des délais civils plus longs pour la responsabilité décennale, reflétant le profil de risque spécifique du secteur.
Causes courantes des créances irrécouvrables
Comprendre pourquoi les créances deviennent irrécouvrables aide les entreprises à mettre en place des stratégies de prévention efficaces.
Difficultés financières des clients
Lorsque les clients rencontrent des problèmes de trésorerie, le paiement des fournisseurs devient une priorité secondaire. Les ralentissements économiques, les perturbations sectorielles ou une mauvaise gestion peuvent faire basculer des clients auparavant fiables dans des difficultés de paiement. Avec la hausse récente des défaillances d’entreprises en France, le suivi des signaux d’alerte via les agences de crédit permet d’identifier les situations à risque avant qu’elles ne se traduisent par des pertes.
Évaluation du crédit insuffisante
Accorder du crédit sans diligence raisonnable expose l’entreprise à des risques inutiles. De nombreuses créances irrécouvrables trouvent leur origine dans des décisions de crédit prises sans analyse suffisante de la santé financière du client, de son historique de paiement ou de ses engagements en cours.
Erreurs de facturation et de documentation
Les factures comportant des montants erronés, des références de bons de commande manquantes ou envoyées à de mauvais interlocuteurs créent des retards pouvant évoluer en impayés définitifs. Ces défaillances administratives donnent aux clients des motifs pour différer le paiement et font perdre un temps précieux aux équipes de recouvrement.
Litiges non résolus
Les désaccords liés à la qualité des produits, à la prestation de services ou aux conditions contractuelles conduisent fréquemment à des refus de paiement. Sans processus efficace de résolution des litiges, ces situations aboutissent à des pertes même lorsque la facture est fondée.
Retard dans les actions de recouvrement
Attendre trop longtemps avant d’initier des actions de recouvrement réduit fortement les chances de récupération. Les professionnels du recouvrement en France constatent que les taux de succès sont nettement plus élevés lorsque les démarches commencent dans les 30 jours suivant l’échéance, comparativement à des actions engagées au-delà de 90 jours, où les taux peuvent chuter à 30–40 % ou moins.
Stratégies de prévention pour les entreprises françaises
Prévenir les créances irrécouvrables nécessite une action coordonnée à l’échelle de l’organisation. Voici des stratégies adaptées au marché français :
Optimiser les pratiques de facturation
Une facturation précise et rapide réduit le risque que les retards se transforment en créances irrécouvrables. Assurez-vous que les factures respectent l’ensemble des mentions légales obligatoires prévues par le droit français et qu’elles parviennent rapidement au bon contact comptable.
La facturation électronique devient de plus en plus centrale en France. L’État déploie progressivement l’obligation de facturation électronique et d’e-reporting B2B via des plateformes certifiées (PDP/PPF), avec une mise en œuvre prévue entre 2026 et 2027 selon la taille des entreprises. Anticiper cette transition améliore la fiabilité, accélère l’envoi et crée des pistes d’audit claires.
Suivre activement le poste clients
Un suivi régulier de l’ancienneté des créances permet une intervention précoce. Les indicateurs clés à surveiller incluent :
Days Sales Outstanding (DSO) : calculé en divisant le total des créances par les ventes journalières moyennes. Une hausse du DSO signale un ralentissement du recouvrement nécessitant une action.
Répartition par ancienneté : segmentation des créances par tranche de retard (non échues, 1–30 jours, 31–60 jours, 61–90 jours, plus de 90 jours) afin d’identifier rapidement les comptes à risque.
Comportement de paiement des clients : observation des changements de comportement chez les clients existants, souvent annonciateurs de difficultés plus larges.
Risque de concentration : éviter une dépendance excessive à un petit nombre de grands clients dont le défaut créerait une exposition significative.
Mettre en place des procédures de recouvrement claires
Créez un processus d’escalade cohérent pour les factures en retard. Un cadre efficace pour le marché français peut inclure un rappel amiable peu après l’échéance, souvent automatisé, suivi d’un premier courrier formel à deux semaines de retard.
Un suivi téléphonique à 30 jours permet de comprendre la situation et de négocier une solution. La mise en demeure à 45 jours est requise par le droit français pour réclamer les pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de recouvrement. Cette indemnité varie selon le montant de la facture : 40 € pour les factures jusqu’à 1 000 €, 70 € pour celles comprises entre 1 000 € et 5 000 €, et jusqu’à 100 € pour les montants supérieurs, conformément au décret n°2013-269.
Le transfert à une agence de recouvrement ou l’engagement de procédures judiciaires devient pertinent au-delà de 60 jours. La procédure d’injonction de payer constitue une option simplifiée pour les créances non contestées, permettant d’obtenir un titre exécutoire sans passer par un procès complet.
Traitement comptable lorsque la prévention échoue
Lorsque les créances deviennent irrécouvrables malgré les actions de prévention, un traitement comptable rigoureux est indispensable selon les règles françaises.
Provisionnement : constitution de provisions pour créances douteuses lorsqu’il existe des indices objectifs de risque de non-recouvrement, tels que des difficultés financières du client ou des retards persistants. Le montant provisionné doit refléter des attentes réalistes de récupération.
Passage en perte : constatation de la perte définitive lorsque l’irrécouvrabilité est confirmée, par exemple après la liquidation judiciaire du débiteur ou l’épuisement des voies de recouvrement.
Récupération de la TVA : le droit français autorise la récupération de la TVA sur les créances définitivement irrécouvrables, mais les exigences documentaires sont strictes. En règle générale, une preuve d’irrécouvrabilité via une procédure judiciaire ou des délais prolongés de non-paiement est requise, conformément aux instructions de l’administration fiscale (BOI-TVA-DED-40-20).
Documentation : conserver des dossiers complets justifiant l’irrécouvrabilité, incluant les correspondances de recouvrement, les analyses de crédit et les documents judiciaires éventuels.
Votre expert-comptable peut vous accompagner pour assurer la conformité aux exigences fiscales en vigueur et optimiser le traitement fiscal des pertes sur créances.
Ancrer la prévention dans la culture d’entreprise
La réduction des créances irrécouvrables nécessite un engagement qui dépasse la seule fonction finance. Les équipes commerciales doivent comprendre les politiques de crédit, participer aux discussions sur le risque client et signaler toute inquiétude concernant la santé financière des clients. Les opérations doivent prioriser la résolution rapide des litiges afin de lever les freins au paiement. La direction doit suivre les indicateurs de recouvrement de trésorerie au même titre que le chiffre d’affaires, en reconnaissant qu’un revenu non encaissé est incomplet.
Les entreprises qui favorisent une communication transversale sur la gestion du poste clients obtiennent généralement de meilleures performances de DSO que celles qui considèrent ce sujet comme exclusivement financier.
Aller de l’avant
Les créances irrécouvrables constituent une menace réelle pour la santé financière des entreprises en France, où la culture du paiement continue de poser des défis dans de nombreux secteurs. En comprenant les causes de l’irrécouvrabilité et en mettant en œuvre des stratégies de prévention complètes, les entreprises françaises peuvent protéger leur trésorerie et préserver leur stabilité financière.
Pour aller plus loin dans cette démarche, les entreprises peuvent s’appuyer sur Cleavr et automatiser l’ensemble de leur cash collection grâce à l’intelligence artificielle.